Economie Sociale

Coopératives, Mutuelles, Associations, Fondations : Histoire, Statistiques, Gouvernance, Prospective...
Le Blog de l'Economie Sociale sans complexes !

20 décembre 2005

Les Mots d'Or de l'Economie Sociale

Le 17 Novembre dernier, Edith Archambault et moi-même avons eu le plaisir de nous voir décerner au Centre Culturel des Finances, à Bercy, la médaille des "Mots d'Or", catégorie "Presse écrite", pour notre article publié dans le numéro 293 de la RECMA. Le jury précise dans ses attendus qu'il a particulièrement apprécié "le remarquable traitement terminologique comparé de l'économie sociale" que nous y avions présenté.

L'annonce de ce prix fut pour nous une double surprise ; d'abord parce que cet article, qui reprenait un exposé fait au précédent colloque de l'ADDES, n'avait par pour but de faire œuvre originale, mais de mettre un peu d'ordre dans l'imbroglio terminologique qui obscurcit en permanence les débats sur l'économie sociale, et qu'en aucune façon nous ne pensions concourir pour une distinction ; ensuite parce que, à notre grande honte, nous n'avions jamais, ni Edith ni moi-même, entendu parler des Mots d'Or de la Francophonie, ni de l'Association pour la Promotion du Français des Affaires (APFA) !

Et pourtant il s'agissait de leur dix-huitième édition (certes, mais à l'ADDES nous en sommes à la vingtième !). Si donc vous partagez l'ignorance qui fut la nôtre, allez vite lui faire un sort en cliquant sur :
http://www.apfa.asso.fr/
ou http://www.presse-francophone.org/ puis l'onglet APFA.
Vous verrez à quel point le travail réalisé par cette Association est considérable.

La réunion de remise des médailles fut, je l'avoue, un grand moment. Je ne m'attendais pas à une telle assistance, au nombre de jeunes lauréats venus des quatre coins du monde. Chacun avait son aventure à raconter. Elvira venait du Bachkortostan, et Marina du Tatarstan. Elles m'ont donné une furieuse envie de connaître leurs pays ! Pour découvrir Paris, elles s'étaient donné rendez-vous quelque part sur la Volga et ont fait ensemble quatre jours d'autobus pour rejoindre Moscou, où elles ont enfin pu prendre un vol charter financé par l'Ambassade de France. J'ai eu chaud au cœur à écouter ces deux grandes magnifiques Slaves blondes, étudiantes en sciences quelque part entre Oural et Caucase, et parlant un français parfait.

Je ne vous parle pas davantage de la médaille, car il faut la voir, et surtout la soupeser ; nul ne saurait la porter en sautoir, car elle a la taille d'un bouclier. En ouvrant l'étui tout cela m'a paru vraiment surréaliste : un objet de cette dimension, pour une rencontre fortuite entre la francophonie et l'économie sociale ! J'ai improvisé un petit discours de remerciement, à peu près ceci :

Engagé à la fois dans la défense de la langue française et dans celle de l'Économie Sociale, recevoir un tel prix sans en rien l'avoir cherché est pour moi plus qu'un symbole.

C'est d'abord une reconnaissance de la RECMA, cette revue dont nous savons que, malgré nos efforts, la diffusion est assez limitée ; pas tant que cela, puisqu'elle est parvenue entre les mains de votre Jury, et qu'elle a retenu son attention. Je suis très heureux pour la RECMA.

C'est ensuite un encouragement au rapprochement de deux mondes qui s'ignorent. Certes, le combat francophone est, entre autres, porté par nombre d'associations, mais aucune de celles-ci ne s'est, à ma connaissance, reconnue et engagée dans un mouvement d'Économie Sociale. Pourtant, de nombreuses passerelles potentielles existent, et il conviendra de les rendre praticables et fréquentées.

De l'autre côté, les choses se présentent plus difficilement, me semble-t-il. L'Economie Sociale s'est fortement engagée en direction de l'Europe, avec un succès très relatif d'ailleurs, mais elle n'a jamais esquissé d'effort semblable en direction de la Francophonie. Est-ce une mauvaise perception des enjeux, ou l'effet de préjugés malvenus ? Je ne sais, mais il y a là une carence à corriger.

La Francophonie, c'est un point d'entrée du grand combat pour la diversité culturelle et linguistique du monde, pour la richesse des différences et des expériences. Elle n'est hélas souvent perçue que comme une réaction défensive, voire rétrograde, un handicap sur la voie d'une communication mondialisée et unilingue, elle-même curieusement présentée comme une perspective d'ouverture et de progrès, alors qu'elle ne provoque partout qu'appauvrissement de la pensée et alignement des paradigmes sur un modèle dominant.

La plupart des chercheurs ou des économistes que je rencontre sont naturellement portés à penser qu'en s'exprimant en anglais ils seront lus ou entendus par plus de monde. Peut-être, mais qu'est-ce qui aura été lu, ou entendu ? quel sens y aura-t-on donné, quel sens en sera reçu ? Je suis bien placé pour apprécier la nécessité d'un langage commun lors des rencontres internationales. Je sais qu'en statistique, en comptabilité nationale, nous pouvons prendre le risque du tout anglais, car chaque terme que nous utilisons est labellisé, défini avec la plus grande précision. Nous restons dans la technique, et le chiffre qui commande tout n'est jamais loin. Je conçois que les situations soient semblables en pétrochimie ou en physique nucléaire, par exemple. Ce qui ne doit bien sur pas empêcher qu'en ces matières comme en d'autres nous sachions nous exprimer en bon français et enrichir sans cesse notre langue des mots nouveaux qu'il convient de lui apporter.

Mais s'agissant de l'Économie Sociale, les choses sont bien différentes. Il s'agit d'étudier et de promouvoir des formes d'organisation qui ne sont justement pas dans le fil du modèle dominant, qui sont profondément enracinées dans les particularismes juridiques, culturels et sociaux. Chaque fois que j'en ai entendu parler en "basic English" je me suis dit que l'auteur n'avait rien compris, mais que cela n'avait au fond aucune importance puisque personne ne pouvait comprendre la même chose. Autrement dit, voulant gagner du temps, tout le monde avait totalement perdu le sien. Quand l'essentiel tient dans la diversité, on ne peut faire l'économie d'un long apprentissage, de longues et tenaces explications.

Il en va de l'Économie Sociale comme du vin ou du fromage. Quand vous le mondialisez, vous obtenez un produit sans saveur qui n'intéressera personne et qui n'apportera nulle part ni développement local, ni maintien de l'emploi, ni sauvegarde des terroirs. De tout cela, la langue est partie intégrante, et la diversité des langues est consubstantielle à l'Économie Sociale, qui selon la formule d'Anatole France, est "fille de la misère et de la nécessité", non de la facilité et de l'uniformisation.

Je remercie donc le Jury d'avoir primé un article sur l'Économie Sociale, et ainsi de me rappeler doublement à mes devoirs !

19 décembre 2005

Y croyaient-ils vraiment ?

Je viens de terminer un livre de Bernard Lavergne, dont le titre quelque peu péremptoire "La Crise et ses Remèdes" avait attiré ma curiosité. Et j'ai constaté que, s'agissant d'expliquer au lecteur rien moins que les lois de la marche économique du monde et ce qu'il conviendrait de faire pour que ledit monde fonctionnât mieux, celui qui a dirigé pendant de longues années la Revue des Etudes Coopératives n'évoque à aucun endroit, ne serait-ce qu'au détour d'un paragraphe, ni les principes de la Coopération, ni la contribution qu'ils pourraient apporter à la solution des crises économiques ou sociales.

Je me suis alors souvenu avoir entendu exprimer semblable reproche à l'encontre de Charles Gide. Après une brève vérification, ce n'est que partiellement exact ; çà et là, dans ses chroniques, ses Principes et son Histoire des Doctrines, Gide évoque bien la Coopération, mais toujours chichement, avec distance et mesure, plus comme une idée qui a jadis séduit certains que comme une voie ouverte pour des solutions d'avenir.

Mais il faudrait un Sainte Beuve pour nous restituer correctement Charles Gide aujourd'hui, tant ses écrits, même les plus anodins en apparence, sont chargés de sous-entendus, de calculs, de recherche d'influence. Et on ressort de leur lecture plus que circonspect devant les reprises hagiographiques qu'en ont faites ses épigones jusqu'à nos jours ; l'exégèse littéraliste de Gide, menée sans retour aux sources, c'est vraiment le crématorium de l'idée coopérative.

Soit ; mais revenons à Bernard Lavergne. Son livre, publié à l'automne 1938, mais écrit avant Munich, est un pamphlet furieusement libéral. Manifestement il ne voit pas l'imminence de la guerre, ou ne veut pas en tenir compte ; il fustige les mesures sociales du gouvernement Blum, et quand il condamne les dépenses publiques, il ne fait aucun sort particulier aux dépenses militaires. Il critique sévèrement le New Deal et fait chorus avec les penseurs classiques anglo-saxons ; sa conception du capitalisme fait une belle part à la rente, mais ignore autant l'innovation que le commerce international. Le seul épisode de la vie politique française depuis 1929 dont il fasse l'éloge, ce sont les mesures déflationnistes prises par le gouvernement Laval en 1935.

Tout cela est fort peu lisible aujourd'hui ; quelle qu'en soit la perversité, l'anachronisme nous impose sa loi d'airain. Pourtant l'ouvrage de Bernard Lavergne aurait pu, à moindres frais, rester intéressant aujourd'hui. Quand il condamne l'économie dirigée, celle du Gosplan comme celle du Docteur Schacht, pour clamer sa confiance dans l'initiative des producteurs et des consommateurs, il s'ouvre une porte royale pour parler de la Coopération ; il ne le fait pas. Quand il discerne la raison des cycles économiques dans les différences de psychologie collective entre les consommateurs, oscillant entre appétit et satiété, et les producteurs, soumis à la règle de l'accumulation continue, il s'ouvre une seconde porte royale sur la régulation coopérative ; il ne le fait pas non plus.

Faut-il donc jeter la pierre à ces glorieux pères fondateurs qui ne seraient au mieux que des schizophrènes, le matin ne jurant que par la Coopération seule voie rédemptrice d'une société injuste et inhumaine, l'après-midi ignorant jusqu'à son existence devant leurs pairs de l'Université, et au pire des profiteurs cyniques, mercenaires d'une Coopération qui leur accorderait un supplément de salaire et de position sociale en échange de quelques articles, mais sans jamais lui renvoyer l'ascenseur ?

Ne nous laissons pas aller à ces excès, car nous serions bien heureux, aujourd'hui, de disposer de la caution de sommités universitaires équivalentes en renom, quels que soient par ailleurs leur orgueil ou leur ingratitude. Il reste que je me sens fondamentalement étranger à ce modèle. Je défends la coopération, je défends l'économie sociale, et je le fais partout où je le puis, sans schizophrénie ni retenue. Et je n'en ai jamais tiré le moindre avantage, bien au contraire. Autre temps, autre mœurs…

05 décembre 2005

Statistique et Économie Sociale : des fiançailles sans cesse repoussées ?

Je retrouve un texte vieux d'il y a quatre ans, qui n'a pas pris une ride depuis. Il s'agit du résumé de la présentation que j'avais faite en Décembre 2001 aux "Entretiens de Maraussan", organisés à l'occasion du centenaire de la première coopérative viticole. Tout ce que j'ai envie de dire aujourd'hui sur le sujet s'y trouve exprimé en deux pages : le pourquoi, le comment, les conditions préalables...

Vous le trouverez sur : http://membres.lycos.fr/economiesociale/MARAUSSAN.doc

J'avais gardé un excellent souvenir de ces journées de Maraussan. Elles devaient être les premières d'une série, mais, faute de moyens (d'après ce que l'on m'en a dit…) il n'y a pas eu de suites. C'est bien dommage ; les locaux de la cave coopérative, chargés de légende, me sembleraient merveilleusement adaptés à l'accueil de manifestations régulières de communion collective autour de l'esprit coopératif. Et je pense que de telles réunions, rassemblant toutes les familles de la Coopération, pourquoi pas étendues à d'autres branches de l'Economie Sociale, nous feraient le plus grand bien.

Le journal l'Humanité a republié il y a peu l'article consacré aux réalisations sociales de Maraussan qu'avait écrit Jean Jaurès, fondateur du titre, un siècle auparavant (le 7 Mai 1905). Voilà pour la geste. Pour vous éviter de le chercher, le voici : http://membres.lycos.fr/economiesociale/marausshuma.doc

Mais revenons à la réalité. D'abord, je n'ai jamais pensé que Jean Jaurès ait été un partisan convaincu de la Coopération ; et si parfois il a fait mine de la soutenir, c'était à la manière dont la corde soutient le pendu.

Je suis revenu depuis, à plusieurs reprises, à Maraussan. Et il me faut faire un double aveu, que j'assume sans aucune gène, croyez le bien : d'abord, ce n'était pas pour un pèlerinage dans les pas de Jean Jaurès, mais pour acheter du vin. Ensuite, je ne me fournis pas à la cave coopérative, qui fait du vin ordinaire et qui d'ailleurs est toujours fermée aux heures où je passe dans le village, mais chez un producteur tout ce qu'il y a de plus privé, que je vous recommande sans hésiter : c'est la SCEA du Château de Perdiguier, M. et Mme Jérôme FERACCI, 34370 MARAUSSAN, téléphone 04 67 90 37 44. Allez-y de ma part, vous ne le regretterez pas ! La production n'a pas droit à l'AOC, c'est un simple "vin de pays des coteaux d'Ensérune", mais qui tient tête à maints grands Bordeaux, et dont le rapport qualité / prix vous laissera pantois.

Je ne pouvais résister au plaisir de vous signaler cette adresse, car cela nous ramène à notre point de départ. Quoi de mieux en effet qu'une bonne bouteille pour retrouver entrain et optimisme ?

Car ce n'est pas parce que le diagnostic n'a pas évolué depuis quatre ans que les choses sont désespérément bloquées. Ce sont les affaires franco-françaises qui tournent en rond ; sous d'autres cieux, l'horizon s'éclaircit. Un appel d'offres européen portant sur la méthodologie du compte satellite des coopératives et mutuelles doit être notifié ces jours-ci, et c'est notre ami Jose Luis Monzon Campos, Professeur à l'Université de Valence (Valencia), qui sera le chef de file du projet. Nous l'entendrons nous en parler au cours du prochain (et vingtième) colloque de l'ADDES, le 7 Mars 2006. Haut les cœurs !

04 décembre 2005

Avis de recherche (permanent)

Parmi mes nombreux défauts, j'ai celui d'être collectionneur. Plus précisément, je me passionne depuis des lustres pour l'Histoire Postale, et je prolonge certains des sujets qui m'intéressent vers d'autres domaines adjacents, notamment la bibliophilie.

Tout naturellement j'en suis venu à vouloir monter une collection d'Histoire Postale de l'Economie Sociale. Mais je n'ai encore rien pu réunir de significatif, car je n'ai encore vu passer dans les ventes aucune archive, ni a fortiori aucune collection déjà constituée.

Aussi je lance auprès de vous un premier appel, qui en annonce d'autres… Tout m'intéresse, du moins a priori : plis, enveloppes à en-tête ayant circulé, timbres perforés, bandes de journaux, avis et circulaires envoyés en imprimé ; surtout, ce qui émane des coopératives, avant 1960, si possible avant 1914 (pour les plis, c'est avant 1880 ; ils disparaissent autour de cette date).

Dans le plus vaste périmètre de l'Economie Sociale, il existe à ma connaissance des thèmes qui sont depuis longtemps collectionnés et qui réunissent des spécialistes de par le monde : il en est ainsi de la Croix Rouge, du Scoutisme, du Rotary, du Comité Olympique... Certaines pièces y valent des fortunes ; je ne m'aligne pas, c'est pourquoi je préfère me limiter aux coopératives où le terrain semble quasiment vierge. Mais cela ne veut pas dire que je ne regarderais pas avec attention une archive de secours mutuels ou de société savante.

Alors, si vous savez où trouver des stocks oubliés de vieille correspondance coopérative, avant de les faire porter à la déchetterie, surtout pensez à moi !